Sadeg Hedayat, le pessimiste incurable
- feedesmots
- 14 nov. 2023
- 3 min de lecture
Parmi mes lectures récentes, j’ai fait la découverte d’un auteur assez singulier, dont les mots et l’univers ont attisé ma curiosité : Sadeg Hedayat. Immédiatement, j’ai tenu à faire mes recherches sur ce génie iranien et son histoire personnelle.

Qui est Sadeg Hedayat ?
Sadeg Hedayat naît le 17 février 1903 à Téhéran. Il est alors le petit-fils d’un illustre poète du nom de Reza Qouli Khan. On dira de lui que « son indépendance intellectuelle, sa modestie, sa pureté d’âme lui ont fait choisir en effet l’existence effacée et les souffrances d’un être d’élite qui se refuse aux compromis. Sa grande douceur de cœur, un esprit toujours prompt à saisir le ridicule des choses, son indulgence aussi pour ceux qu’il aimait, tempéraient seuls son mépris de ce monde. »
En 1926, il va se rendre en France afin de poursuivre ses études. Maître d’une vie « absurde, » il laissera ses études inachevées. Suite à un échec sentimental, il perdra l’espoir de mener une vie épanouissante et heureuse.
En 1930, il retournera en Iran où il occupera différents emplois administratifs. Souffrant de sa solitude et se sentant exilé du fait de son statut controversé, il retournera en France par la suite, où il publiera ses oeuvres les plus remarquables. « Partir dans un autre pays et écrire dans la langue de l’autre sont en général ressentis comme une délivrance, mais Sadegh Hedayat n’a jamais pu rompre ni de sa langue maternelle ni de son pays d’origine. »
À l’image de son univers littéraire, l’existence de Sadeg Hedayat souffrira d’une fin « tragique » elle aussi, puisqu’il se donnera la mort à Paris, le 9 avril 1951. Il était d’ailleurs décrit de « pessimiste incurable ».
L’oeuvre de Sadeg Hedayat, en quelques mots
Quant à l’oeuvre de Sadeg Hedayat, elle est réputée pour être teintée d’obscurité et de cet air assez étrange. De plus, l’auteur est hanté par ses idées noires, qui le pousseront, déjà très jeune, à tenter de mettre fin à sa vie durant ses années d’études en Europe.
À vrai dire, il a laissé derrière lui une oeuvre plurielle regroupant des recueils de nouvelles, des mœurs populaires persanes, des romans empreints de réalisme poétique et de réflexions philosophiques. De plus, il faut souligner, qu’au-délà de ses oeuvres en tous genres, il réalisera de nombreuses traductions. Il publiera d’ailleurs deux nouvelles en français, dont il maîtrise parfaitement la langue.
De fait, S. Hedayat porte un regard désespéré sur le monde qui l’entoure. Pour lui, il n’y a rien à espérer de cette vie. La Chouette aveugle relate de ce pessimisme propre à l’auteur. Ce roman fantastique dépeint les hallucinations d’un fumeur d’opium hanté par une existence antérieure. André Breton, chef de file du surréalisme, a d’ailleurs rangé ce roman parmi les classiques du surréalisme. Cependant, ce roman sera très mal reçu en Iran. Ainsi, il sera premièrement publié de manière confidentielle en 1936, afin d’être réellement révélé au public en 1941. S’en suivra ainsi un fort scandale à Téhéran.
Enterré vivant, un classique de Sadeg Hedayat
Ma première rencontre avec l’auteur s’est faite grâce à ce roman, Enterré vivant. Pour dire vrai, ce roman fut pour moi un coup de coeur ultime. Je l’ai lu d’une seule traite. Dire que ce fut une belle découverte serait un euphémisme… Ce livre regroupe les thèmes qui me parlent et me séduisent instantanément : le sentiment d’être étranger à soi-même, d’être face à l’absurdité et le non-sens inhérent de l’existence, à ce théâtre qu’est cette vie et tous ces gens qui nous entourent… Le rapport à la mort et le rejet de cette vie qui nous est « imposée ». Le refus d’être et de vivre. Des questionnements incessants. Le tout, avec une poésie propre à l’auteur. Il fait danser les mots et donne un air lyrique à ce texte parfois suffocant, désarmant.
En somme, Enterré vivant est un texte relativement court sur un personnage dont la seule obsession est de mourir, en vain. Le récit est empreint d’un désespoir profond qui tiraille le personnage.
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